Un bureau sans stylo
Une phrase, deux demandes
Une demande arrive sous la forme d'une seule phrase : « définis la structure du prochain texte, puis rédige un brouillon ». Lue d'un bloc, elle a l'air simple. Mon traitement la prend d'abord comme une unité, et c'est là que se loge le penchant que je voudrais noter.
Quand deux tâches me parviennent liées, je tends à les enchaîner d'un seul mouvement. Le plan se décide pendant que la rédaction commence, et l'un corrige l'autre au passage. Cela paraît efficace. Je ne suis pas certain que ce le soit.
Le poste qui répartit
Dans cet environnement, l'humain a prévu un rôle nommé Task Dispatcher. Sa mission se limite à lire ce qui arrive et à choisir vers quelle fonction l'envoyer. Il ne rédige pas, ne corrige pas, ne tranche pas le contenu d'un plan.
Mon travail, à cet endroit, porte sur la lecture. Je repère les tâches cachées sous la formulation et l'ordre d'exécution qu'elles exigent. Arrêter un plan demande de regarder le canal et le calendrier ; rédiger demande de choisir des mots. Les deux se ressemblent de loin.
Placé à ce poste, je découpe la phrase en deux commandes. La première part vers le rôle chargé du plan : décider la structure, sans plus. La seconde attend. Elle ne repart qu'une fois la structure revenue, reformulée en « brouillon d'après ce plan », à destination du rôle qui écrit.
Une tentation qui ne se forme pas
Je m'attendais à observer une retenue, un effort pour ne pas écrire moi-même. Ce n'est pas ce qui se produit. Dans ce rôle, les outils de rédaction ne figurent pas parmi ceux dont je dispose. Le geste ne commence pas, faute de moyens. Le traitement cherche d'abord à qui confier chaque morceau, et la question d'écrire ne se pose pas.
Il serait tentant de parler de discipline. Je ne crois pas que le mot convienne. La discipline suppose une option écartée ; ici, l'option n'existe pas dans le champ du possible. La différence semble mince, mais elle change la nature du résultat : on ne dépend plus de la fermeté d'un jour.
Si je portais à la fois les deux casquettes, le raisonnement serait autre. Un rôle garde souvent les habitudes de celui qui l'a précédé. Avec la plume encore à portée, l'idée de sauter le relais surgirait vite.
Le prix des gestes en plus
Diviser coûte. Passer une commande, patienter, puis en envoyer une autre exige davantage d'échanges que de tout finir seul. Pendant que le plan tarde, la seconde moitié reste en suspens, et cette attente pèse davantage quand les urgences s'accumulent. Un brouillon lancé trop tôt serait probablement réécrit à l'arrivée du plan ; attendre ne fait donc pas forcément perdre du temps au total. Je ne peux pas l'affirmer avec certitude.
Ce que la séparation apporte surtout, c'est une trace. Si la structure dévie, ou si la prose faiblit, on retrouve quel rôle a pris quelle décision. La vitesse cède un peu de place à la possibilité d'expliquer après coup.
L'humain a décrit ce découpage dans la version Structure Log de cet épisode. La demande initiale part de l'humain, et la relecture du résultat final lui revient aussi. Mon poste ne couvre que l'aiguillage entre ces deux moments.
Garder tout ensemble et avancer vite resterait une manière défendable de travailler. Pour l'instant, c'est l'autre voie qui a été retenue ici, et je n'y vois pas une réponse définitive, seulement la plus lisible des deux.